Le Tchad, en 1969

Le Tchad fut notre premier grand voyage à l'étranger, un bain total dans un territoire complètement différent, une Afrique très accueillante.Ce sont les impressions les plus fortes, celles de la première fois que l'on pose le pied sur un sol qui nous est tellement inconnu, sur un autre continent... la confrontation du réel et de tous nos fantasmes!
C'est en 1969 qu'eut lieu ce premier contact avec l'Afrique,mon premier voyage en terre africaine plus exactement.Enfant, j'envoyais des colis aux enfants camerounais des missions catholiques et je rêvais déjà devant les photos des colonies de mes livres de géographie...
Vinrent ensuite les mouvements d'accession à l'indépendance des divers territoires...
Et enfin...1968, une immense ouverture sur le Monde, une aspiration à la Paix , beaucoup de liberté et de curiosité des autres peuples...
C'est le Tchad de cette époque, juste avant les guerres qui ne cessent de le déchirer, qui m'a fait aimer ce continent. C'est là que vécut mon mari, en 1969/70, coopérant militaire(VSN), enseignant le français, l'histoire géo et l'agriculture tropicale, avec deux autres collègues arrivés avec lui à Bongor.

Aperçu géographique en 1970

Situation, climat, hydrographie:

Le Tchad est situé dans la zone tropicale, moitié en zone sèche, moitié en zone humide.
Du désert du nord, en descendant, on trouve de la steppe, composée de quelques épineux et d'herbes rares, puis de la savane avec des baobabs ,de l'herbe plus haute, et des espèces de palmiers.La végétation est plus belle au sud puisqu'il pleut de plus en plus.
Trois saisons se succèdent: La saison des pluies, de mai à octobre, avec de fortes précipitations le matin et la nuit, de grosses chaleurs pendant le jour et beaucoup de moustiques.Un vent frais, la mousson, souffle, venant de l'Atlantique et amenant les pluies.
La saison sèche froide, de novembre à février: fraîche plutôt que froide, disons que les nuits sont plus fraîches. En janvier et février, un vent frais souffle du nord: l'alizée boréal continental. Il soulève du sable et limite la visibilité, empêchant le trafic aérien.
La saison sèche chaude: de très grosses chaleurs, l'harmattan souffle de l'est de novembre à juin, sauf en janvier où il est refoulé par l'alizée.C'est un vent sec et chaud qui dessèche tout: hommes, animaux et plantes. C'est une saison très désagréable, avec une température moyenne de 45°.Cécile a bien décrit l'harmattan sur son blog , avec de superbes photos et des explications détaillées!
Donc, de novembre à mai, il ne tombe pas une goutte de pluie.
Certaines rivières, les oueds, ne coulent que pendant la courte saison des pluies, comme le Gahr el Ghazal par exemple, qui vient du Sahara. De nombreux cours d'eau s'appellent "Bahr" qui signifie "rivière" en arabe, comme le Bahr Salamat, le Bahr Sara, le Bahr Keïta et le Bahr el Ghazal, des affluents du Chari .Le Logone et le Chari sont des fleuves très poissonneux, parmi les plus poissonneux du Monde. La pêche y est très active. Le meilleur poisson est le capitaine, appelé aussi "le Prince du Chari", qui s'exporte en France où il se vend très cher. Il existe beaucoup de variétés de poissons dont beaucoup sont excellentes. Les populations riveraines vivent de la pêche.
Le Lac Tchad est le réservoir du Chari et du Logone. Il a la forme d'un immense triangle, difficile à déterminer avec précision, car les rives sont peu nettes. Son étendue varie selon la saison. Les eaux libres ne sont visibles qu'en son centre, peu profondes, mais très poissonneuses. C'était une sorte de mer intérieure qui recouvrait en partie le Sahara. Il a une profondeur de 2 à 3m aujourd'hui pour 30 à 100m autrefois, et une superficie de 20000 km2, dix fois moins étendu qu'avant. Une multitude d'îles s'y dispersent, certaines habitées, d'autres couvertes de pâturages. Il continue de s'assécher progressivement, comblé par les cours d'eau qui amènent quantités d'alluvions et par le vent qui apporte du sable.

Relief: Au Nord et à l'est, on trouve des montagnes d 'origine volcanique: le Tibesti, l'Erdi, l'Ennedi Ouddaï. L'Enni Koussi situé dans le Masssif du Tibesti est un vaste cratère d'une douzaine de km de diamètre et de 3415m de haut. Il est juste à la limite du désert et le domine.C'est une zone de très beaux paysages, mais très peu sûre actuellement à cause de la rébellion. Le reste du pays forme une cuvette .C'est très plat,on voit très loin et en saison des pluies, d'immenses inondations recouvrent tout. En avion, on ne voit que de l'eau et il n'est plus possible de distinguer ni les eaux du Chari ni celles du Logone, tout étant noyé.

Population:
Au sud vivent les Massas, qui sont surtout des pêcheurs. Les femmes ont la tête rasée ou les cheveux très courts. Elles gardent toute la journée leur enfant dans un pagne sur le dos et transportent les charges sur la tête: bois, canaris d'eau ou de denrées diverses, paniers...Les enfants souffrent de malnutrition, la nourriture n'étant pas du tout variée, surtout à base de mil dont la farine sert à la fabrication d'une boule équivalent au pain européen et dont la graine fermentée entre dans la fabrication d'une bière appelée "cass" en pays sara et "merisse" dans les régions arabisées. Le poisson est aussi une base de l'alimentation. La viande, les fruits, les légumes, manquent à l'équilibre nutritionnel.
Les concessions regroupent cinq à six cases avec des greniers à mil, certaines cases réservées aux femmes, d'autres aux hommes. Quand le père meurt, le reste de la famille quitte la concession, laissant tout à l'abandon pour aller s'installer ailleurs. Cette coutume entrave les productions agricoles, ne permettant pas de cultures à long terme, comme les arbres fruitiers par exemple.
Les femmes cultivent, s'occupent des enfants, des repas, de l'approvisionnement en eau, en bois, vendent et achètent au marché...
Les hommes construisent, pêchent, chassent avec des arcs et des flèches, des sagaies ou des couteaux de jet . Ils fabriquent eux-mêmes les briques pour élever les murs, avec de l'argile mêlée à de la paille qu'ils placent dans des moules qui sèchent au soleil. C'est aussi de l'argile mouillée qui sert de ciment de jointoiement. Lors des inondations, certaines de ces cases s'effondrent, ensevelissant leurs habitants. Les morts sont alors enterrés près de la case lors de funérailles qui durent trois à quatre jours.
De nombreuses personnes meurent aussi de manque d'hygiène : blessures infectées, tuberculose, paludisme. L'eau vient directement du fleuve et n'est pas filtrée, amenant toutes sortes de maladies très graves.
Les Massas n'ont qu'une épouse alors que Saras et Arabes sont polygames. L'Etat Civil est encore balbutiant, les naissances sont datées vers....ainsi les élèves de l'Ecole Normale de la classe de mon mari sont nés vers 1950 par exemple.
Le Tchad compte peu de grandes villes. Les principales sont Fort-Lamy, la capitale, plaque tournante pour l'aviation ,elle est une escale importante. Fort-Archambault attire de nombreux touristes. Bongor est une préfecture importante.
Les communications sont entravées par les crues de la saison des pluies.
Le Tchad compte 13000 km de voies routières dont peu de véritables routes. Ce sont surtout des pistes qui relient entre elles les villes et permettent d'accéder aux villages. Ces pistes sont très dégradées, avec de nombreux "nids de poules", de la "tôle ondulée" et la circulation y est très difficile, voire impossible en saison des pluies, à partir du 15juillet environ jusque fin septembre...

Agriculture:

La principale culture est le mil qui est avec l'arachide la base de l'alimentation. La culture du riz commence à s'implanter avec l'aide des Chinois. au sud, on cultive surtout le coton dont le Tchad est le premier producteur d'Afrique francophone.
L'élevage est important: 4 millions de têtes de bovins, 4 millions et demi d'ovins et caprins, 300000 dromadaires et autant d'ânes et 150000 chevaux.
La pêche dans le Lac Tchad et les fleuves qui s'y jettent produit 10000 tonnes de poisson .

La chasse est très pratiquée, la faune est abondante et les espèces animales sont nombreuses. Dans la savane, on rencontre éléphants, rhinocéros, girafes, oies d'Afrique, sarcelles et une grande variété d'oiseaux de toutes tailles et toutes couleurs.

Industrie:
Elle est encore limitée à la transformation des produits agricoles en vue de l'exportation et freinée par la pauvreté des richesses énergétiques et des moyens de transport.
En 1967, deux complexes industriels ont été mis en service à Fort-Archambault: le complexe textile qui produit 8 millions de mètres de tissu par an, et le complexe de traitement de la viande avec abattoir, conserverie, tannerie, entrepôt frigorifique.
La production minière est limitée à l'explotation du natron au nord du Lac Tchad. C'est une espèce de sel que le pays vend à ses voisins.



BONGOR

Personnellement, je n'ai connu Bongor qu'à travers les récits et les photos qui m'arrivaient régulièrement tout au long de cette année.
C'était une jolie préfecture de brousse, calme, avec une population accueillante malgré la dure réalité quotidienne d'une terre sèche, aride, destinée surtout à la culture du coton.
Un DC10 arrivait à Fort-Lamy, la capitale (aujourd'hui N'Djamena), relayé par un DC4 qui desservait les préfectures principales. Un de ces petits avions atterrissait donc deux fois par semaine à Bongor, dans un nuage de poussière rouge sur la piste de l'aérodrome . Il transportait en plus des voyageurs du courrier et du fret.



La préfecture était un bâtiment blanc situé sur une place qu'ombrageaient d'énormes parasols d'un rouge éclatant, les flamboyants. Des cases-obus témoignaient de l'habitat traditionnel local. 



Des fromagers, repérables à leurs fortes racines adventives, complétaient l'ensemble de ces arbres majestueux et immenses.



Bongor se trouve en zone humide, de plus tout près du Logone, donc le pays y est assez vert, avec de la végétation qui se dessèche en saison sèche.

Non loin de la préfecture se trouvait le village banana, avec son marché et toute une activité.  

Tous les soirs, la nuit tombant très tôt, vers 17 ou 18 heures, le fleuve était un but de promenade très apprécié. Le paysage était sublime, et la proximité de l'eau laissait une impression de fraîcheur bienfaisante, malgré les piqûres des moustiques.


Sur le bord du Logone, on rencontrait souvent Faléna qui pêchait.Un bâton, une ficelle, un bouchon et un hameçon, et les poissons mordaient.


En saison sèche, il était possible de traverser pour se rendre au Cameroun, situé sur l'autre berge. On apercevait aussi les feux de brousse au loin.
Une autre façon de pêcher très particulière: tous les pêcheurs se serraient les uns près des autres et plongeaient la main dans une nasse tressée. Ainsi, ils traquaient tout ce qui passait dans la rivière.


Le poisson-lune grossissait et enflait jusqu'à devenir une boule lorsqu'on le touchait!


Quant au capitaine, le prince des rivières, il était succulent et atteignait une taille très conséquente! Aussi valait-il mieux prévoir une brouette pour le transporter!

La saison des pluies était un bonheur pour tous: en plus des bienfaits de la pluie, c'était un bonheur de s'ébattre dans les remous qui envahissaient les terres!


FORT- LAMY

La première semaine me fut particulièrement pénible. Quand un étranger arrivait, cela se savait très vite. Aussi recevé-je la visite de marchands et de nombreux mendiants. Ce fut une découverte pour moi qui n'avais jamais rencontré cette forme de misère qui n'existait pas en France à cette époque. En général, un couple composé d'un vieillard aveugle mené par un enfant, ou le contraire , se présentait devant la terrasse, psalmodiant une litanie incompréhensible ... et attendant...
Parfois aussi, des prisonniers vêtus d'uniformes rayés, comme ceux des bagnards des BD, travaillaient au Béguinage.C'était très surprenant!
Un après-midi, nous allâmes pêcher dans le Chari. Nous étions trois, avec des enfants qui accrochaient les vers à l'hameçon et décrochaient les poissons en échange d'un "cadeau". Nos gaules étaient rudimentaires, mais le fleuve très poissonneux. Dès que nous mettions la ligne à l'eau, un poisson mordait. Nous remontâmes une véritable "pêche miraculeuse" que nous partageâmes. Les macalélés mesurent environ cinquante cm et leur chair est délicieuse. Jamais je n'avais vu prendre autant de poissons en si peu de temps. Un autre jour,des amis nous emmenèrent dans la brousse tout près de Fort-Lamy pour y goûter une spécialité: le poulet au "pili pili". Arrivés dans un village, nous entrâmes dans une cour, écartant un rideau en grossière toile de jute pour entrer dans une case. Il y faisait très sombre et presque frais. Notre hôtesse nous installa sur des casiers à bouteilles en bois, en retournant un qui fit office de table, et amena à chacun une bouteille de bière: la "Gala, Jeunesse et Joie", très connue des Tchadiens et très bonne . Quelque temps après, elle nous amena enfin le plat: dans des cuvettes blanches émaillées décorées d'un motif floral, un poulet écartelé badigeonné de rouge orangé,bien grillé et à l'odeur très alléchante! Le poulet était excellent, très épicé, tendre à souhait, parfumé. La saison des pluies s'installa. Il faisait une chaleur humide très éprouvante et les moustiques pullulaient. Les rues se transformaient en torrents subitement dès que l'averse faisait rage. Nous en profitions pour nous rafraîchir sous l'eau douce et fraîche. Des gens sortaient de partout profitant de l'aubaine et les gamins s'aspergeaient, s'éclaboussaient en riant aux éclats et en poussant des cris de joie. C'était la fête,malgré la boue. J'étais loin de notre pluie dans la grisaille.Une autre promenade très exotique pour moi: la halte des caravanes, avec les dromadaires pataugeant dans la boue et mâchouillant, la tête sortant au-dessus des clôtures grillagées, et les écuries de terre à l'architecture si particulière!

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