Découvrir un lagon à Mayotte

29/07/2024

Lorsque nous sommes partis à Mayotte, nous n'avions pas la moindre idée de la vie sur une île. Tout ce que nous savions, c'est que nous partions tous les quatre à l'autre bout du monde, complètement perdus au milieu de l'océan, au large de l'Afrique, dans l'archipel des Comores, dont pourtant cette île était indépendante.  

Notre première île, la Petite Terre 

Pendant un an, nous avons vécu en Petite Terre, à Dzaoudzi, des conditions de vie très particulières, à la fois difficiles et merveilleuses. Avec nos enfants, tout devenait différent , ce n'était plus l'insouciance du Tchad. Tout comme nous, ils avaient tout à reconstruire, ils ne disposaient d'aucun confort, ils devaient apprendre à vivre autrement. Il n'y avait pas d'école maternelle pour notre plus jeune fils, notre fils aîné regrettait ses copains et son chat. Les bagages avec les jouets, les jeux, les livres, le minimum que nous ayions pu emmener pour notre quotidien, ainsi que notre voiture et notre Zodiac n'arrivaient pas, le bateau ayant pris beaucoup de retard. Il n'y avait ni radio ni télévision. Notre logement était très incorrect, quoique nous ayions eu la chance d'être logés, certains collègues devant cohabiter dans une "case de passage". Quant à la nourriture, elle n'avait rien de commun avec ce que nous connaissions.Tout venait soit de métropole par avion, soit de La Réunion par bateau à des prix trés élevés. Il nous fallut donc nous habituer aux produits locaux que nous ne savions pas cuisiner. Nous nous habituâmes aux frites d'igname et de manioc, au "frlaaappé", que plus tard nous prononçâmes enfin correctement "fruit à pain" après nous être aperçus que nous amusions les autres "métros" avec cette appellation!Pour corser le tout, quelques jours après notre arrivée, nous devions être confrontés à une pénurie de farine et de gaz qui dura quelques semaines!

Notre "case" à Dzaoudzi, la première année, un ancien bureau de poste transformé en logement, à côté des bâtiments de la Marine Nationale. Les marins se prirent d'affection pour nos deux fils, les chouchoutant comme leurs propres enfants. Souvent, ils nous rendaient service, ramenant quelques courses lors de leurs déplacements à La Réunion. Ils avaient trois ou quatre chiens fous de promenades en Méhari qui faisaient la joie de nos gamins tellement ils étaient comiques.

Souvent, nous allions à la plage des tortues, à Moya, un lieu que nous fréquentions souvent pour la baignade et la promenade, éloignée des zones habitées, accessible soit par la mer , soit par une piste desservant la "campagne", espace de cultures disséminées parmi les brousses, sans aucune clôture: quelques plants de manioc, un ou deux ananas, une touffe de bananiers... qui semblent plus pousser naturellement que plantés volontairement par l'homme.Quand nous accédions à cette plage, il n'était pas rare de découvrir une tortue retournée, avec des chapelets d'oeufs sur le sable.Des braconniers en prélevaient la carapace pour la vendre. Il n'était pas encore question à cette époque de protection des espèces. Le préfet partait seul observer les lieux de ponte .Aucune réglementation ne protégeait alors le lagon.

Beaucoup de mes élèves habitaient Pamandzi, un village où j'aimais faire quelques achats, près des marchandes qui installaient leur petite récolte au seuil de leur case.Sur le toit de paille, elles mettaient le linge à sécher, après l'avoir lavé dans le lagon. Cela amenait des touches de couleurs très gaies sur l'ocre des murs .

Quand nous souffrions trop de la chaleur, nous allions nous baigner à la plage de Moriombeni, en face de l'école où j'enseignais. C'est sur cette plage que les élèves jouaient au ballon avec ...des noix de coco pendant les séances d'éducation physique, qui ne figuraient pas au programme.

Le D'Ziani, est un volcan éteint dont le cratère est occupé par un lac hanté par les chauve-souris et toutes sortes de "diables" qui sortent dès que le soleil baisse à l'horizon. Les pentes couvertes de cocotiers sont impraticables tant elles sont infestées de moustiques. Ce lac communique avec la mer et une plage de sable noir se trouve de l'autre côté du D'Ziani.

Les enfants rentrent de "la campagne" où ils allaient cultiver les champs, récolter, mener paître le zébu, aider leurs parents, participer à la vie collective... Ils effectuaient d'autres tâches le matin avant d'arriver en classe à 7 heures pour le maître coranique afin de participer à leur éducation religieuse.

La jetée "Issoufali" d'où partaient les barges pour la Grande Terre. On aperçoit les bâtiments de la Marine Nationale basée à Mayotte et au loin les Trois Frères, trois îlots arides. C'est aussi de cette jetée que nous embarquions en mer avec notre Zodiac quand la marée le nécessitait. 

   

Découverte du lagon

Lorsque nous sommes arrivés à Mayotte, la grande nouveauté pour nous fut de vivre non seulement au bord de la mer, mais aussi sur une île, entourée de toutes parts d'un lagon. Nous avons découvert un milieu totalement inconnu.
J'ai retrouvé des photos de ces moments merveilleux sur des îlots déserts, où nous n'étions que trois familles en pique-nique ou en bivouac sur les plages solitaires, à l'écart de tout, avec la mer pour tout horizon, le tracé blanc éblouissant de cette bande de sable immaculé et les éclaboussures des récifs de la barrière de corail.

Le lagon, avec quelques patates de corail transparaissait à travers l'eau turquoise. Au beau milieu, l'îlot de sable blanc, rendez-vous de colonies d'oiseaux......qui s'envolaient dès que nous approchions, dans un tumulte impressionnant de criaillements et de bruissements d'ailes . Nous accostions sur cette grande langue blonde dont nous foulions le sable vierge avec délices, parmi les empreintes de mouettes, ramassant des plumes, des coquillages, des os blanchis par la mer et le soleil... Nous nous baignions dans l'eau presque chaude, observant les ballets de minuscules poissons bleu métallique ou en pyjama gris et jaune.  

L'îlot de Sazile

une immense bande de sable blanc, où il fait bon courir après avoir subi le fracas des vagues sur la peau du zodiac! Peu à peu, la mer reprend possession de son domaine, les vagues s'entrecroisent pour en recouvrir les extrêmités. Juste en face du banc de sable blanc, la plage de Sazile, en Grande-Terre, un autre lieu de ponte pour les tortues de mer, qui viennent aussi y mourir, au vu des ossements que les enfants récupèrent pour se fabriquer un vaisseau spatial... ou peut-être tout simplement ... s'imaginer dans le corps d'une tortue... "Brr...drôles de bêtes et toutes ces couleurs!!?? On ne va pas quand même manger cela? Il n'y a que des poissons d'aquarium dans ce lagon, moi je préfèrerais un carré panné!" Eh!oui, quelle difficulté pour moi aussi au début de me résoudre à manger ces superbespoissons perroquets , et je n'aimais ni les langoustes ni aucun produit marin d'ailleurs, c'est là-bas que j'ai commencé à apprécier, sur feu de bois et à la tahitienne, délicieux et si frais. Le comble, c'est que de ce lagon si poissonneux les Mahorais ne tiraient pas parti. Nous ne mangions que le produit de notre pêche, à la traîne, à la palangrotte et bien sûr en apnée, au fusil. Il était impossible d'acheter du poisson frais. Nous mangions des sardines en boîtes pour les vitamines. Ce n'est qu'en fin de séjour qu'une coopérative se créa pour tirer parti des ressources de la mer et rationaliser la pêche. Coucher de soleil sur Sazile les zodiac ancrés pour la nuit et un feu de bois sur la plage langouste, poisson perroquet, pommes-canelles, goyaves, veillée chaleureuse avec les enfants entre amis, crépitements et flammes qui dansent, chants et histoires de la vie de tous les jours que l'on s'échange, et la fraîcheur de la nuit, les ombres et les bruits de la plage et de la mer dès que l'on quitte le cercle de lumière...  Lever au petit matin et conciliabule dans les rochers après un réveil précipité pour profiter de la visite d'une tortue de mer regagnant le lagon après avoir pondu... les commentaires vont bon train, c'était vraiment une chance... et de plus, d'habitude, on ne voit que les traces, de gros sillons comme ceux laissés par des roues de tracteurs... là, sur le sable, elle se traînait, mais dès qu'elle est arrivée dans l'eau...c'est tellement rapide une tortue qui nage et si beau!Est-ce qu'on la reverra?  


Chissiol Bamboa

L'une de nos destinations favorite, le dimanche, était souvent l'îlot Bamboa, une île sauvage où des pirates auraient pu cacher un trésor dans les amas de rochers ou dans les racines enchevêtrées des baobabs géants, avec au loin, la côte de Sazile, au Sud de la Grande Terre, et juste en face, vers la gauche, le trait de l'îlot de sable blanc.  

D'un côté, un  amas de rochers inaccessible, et de l'autre, là où nous débarquions, une plage de sable fin et doux, en plein soleil. Les quelques  rochers épars et les baobabs nous offraient leur ombre bienfaisante pour le temps du repas et d'une sieste . Le bain était la principale source de fraîcheur.

 Sitôt le zodiac accosté, les enfants se précipitaient vers les rochers pour repérer un coin où s'installer, à l'écart des adultes, dans leur camp rien qu'à eux... L'escalade des rochers sous les baobabs était un régal pour eux, ouvrant en grand les portes de leur imagination, le paysage les entraînant vers d'autres mondes.

Au Nord, D'Zamboro

Lorsque nous habitions en Petite Terre, le moyen le plus facile pour nous rendre en Grande Terre était la barge, sûre mais fantaisiste* au niveau des horaires.Mais ce dimanche, pour une traversée loisirs, ce n'était pas un problème, notre temps n'était pas compté!

Un ami nous prêta une voiture, ce qui nous permit de monter jusque M'Dzamboro à l'extrême nord de l'île. Les villages étaient éloignés de tout et recevaient peu de visiteurs, nous étions donc une curiositépour tous les enfants!

 Sur la piste en plein soleil, une personne avec de longs et épais cheveux blonds...bizarre! C'est en fait un chapeau de soleil tressé de manière à protéger largement la tête et la nuque. Très efficace ce chapeau, et de plus magnifiquement tressé! Nous arrivons enfin au village!

Près de la plage, une cour et une case d'habitation, toits de palmes de coco ramassées et tressés sur place... dans ce village, tous les matériaux utilisés sont naturels, contrairement à certaines constructions ayant recours à des matériaux plus modernes comme la tôle et le parpaing de ciment. 

*Une barge , fantaisiste: La barge était un moyen de communication très particulier, une découverte pour nous, d'autant plus qu'elle nous obligeait à entrer de plein pied dans cette ambiance particulière, à nous adapter au "pas des îles", expression chère à l'un de mes élèves. C'était difficile pour le travail. Parfois, elle partait avec une heure de retard à cause du nombre insuffisant de passagers. Parfois aussi, elle partait plus tôt que prévu. Il fallait prévoir une large marge de sécurité!

C'est ainsi que, convoqués à une surveillance d'examen lors de notre première semaine, avec un collègue, nous nous installâmes sur une barge en attente. Une vingtaine de minutes plus tard, ne voyant aucune activité à son bord, nous interrogeâmes un employé qui nous apprit que la barge que nous devions prendre était partie depuis longtemps déjà. Bien sûr à l'arrivée, plus personne ne nous attendait et notre périple continua avec un taxi-brousse qui accepta de nous charger malgré les très nombreux passagers, avec force détours pour déposer d'autres usagers. A notre courte honte,nous arrivâmes donc bien en retard dans notre salle d'examen.
Un autre soir, revenant d'un dîner chez nos amis de Mamoudzou, nous rentrions avec une dizaine de passagers vers Dzaoudzi; il faisait nuit noire et nous arrivions près des récifs; la barge était alors très loin du rivage lorsque tout à coup, elle devint complètement incontrôlée et se dirigea sur les écueils puis elle se mit à tourner sur elle-même. Une cloche se mit à tinter, angoissante dans le silence et l'obscurité de la nuit, mêlée au clapotis des vagues entre les deux îles, à mi-chemin, loin des rivages. Très inquiets, nous interrogeâmes nos voisins, sereins, qui nous répondirent que le conducteur s'était endormi. Ils étaient placides, amusés, nous nous sentions ridiculement affollés. Cela dura quelque temps, la cloche tintait sinistrement, tout était statique, hors le vent frais du large qui me faisait claquer des dents, nous nous apprêtions à la collision, nous étions dans l'attente, puis soudain le moteur vrombrit à nouveau, quelqu'un reprit les commandes, la barge fut à nouveau sous contrôle, repartant vers Dzaoudzi et la traversée continua, comme si rien ne s'était passé .

Au sud, Sada

Invités par un élève du collège, nous nous rendons à Sada, dans le sud de la Grande Terre. Du haut de la piste, nous découvrons un immense village niché dans une échancrure de la côte. L'étendue des toits de tôles montre une population importante.
Nous trouvons facilement la concession de notre ami, sur un espace verdoyant et fleuri où nous profitons de l'ombre bienfaisante des manguiers. Chaque membre de la famille possède sa case, dès qu'il devient adolescent et peut s'émanciper de sa mère.Un faré, que l'on aperçoit dans le fond, réunit parents et enfants pour les repas et les fêtes.

A l'époque, le système matriarcal et la polygamie donnaient à la femme la responsabilité de la famille, le mari se partageant entre ses épouses domiciliées dans des villages différents.Le frère de la mère assumait l'autorité .
Notre élève nous explique la construction de sa case de jeune homme, capable désormais de dormir loin de ses parents.
Il commence par aller en brousse découper des branches de bambou qu'il effeuille et scinde en deux dans le sens de la longueur. Il assemble ensuite la structure de sa case en élevant des cloisons à claire-voie.

Il prépare une pâte de terre et de paille, qu'il ajoute aux pierres qui viennent combler l'intérieur des cloisons Il ajoute le toit lorsque le mur est rempli et ajoute le toit de feuilles de palmes séchées et tressées.Puis il décore les murs au blanc.

 La verdure de la concession contraste avec le reste du village, poussiéreux, au sol tout pelé où rien ne pousse.

Devant les cases, une terrasse cimentée où jouent les enfants et où les femmes s'activent aux repas, se tressent les cheveux, vendent quelques articles...
Plus loin dans le village, le tailleur pose les dernières touches à une chemise traditionnelle qu'il a préalablement brodée.
Des bijoutiers fabriquent des articles très finement ciselés qu'ils vendent
au prix de l'or.


Mayotte aujourd'hui, quelques liens pour mieux comprendre

Haut Conseil de la Famille : https://www.hcfea.fr/IMG/pdf/

Découvrir Mayotte, histoire et géographie( Gouvernement)

Découvrir l'histoire de Mayotte (Conseil Départemental)

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